Guinée : Doumbiuya en congé, l’armée « loyale », situation confuse

by Freddy Roger Amegnignon

Guinée:
Doumbouya en « congé », l’armée « loyale »… Situation confuse ?

  • Deux communiqués. Vingt-quatre heures d’écart. Un silence. En Guinée , la publication d’un avis de départ en congé du Général Mamadi Doumbouya par la Présidence et d’une déclaration de « loyauté indéfectible » des Forces Armées Guinéennes fait vaciller Conakry. Les autorités appellent les Guinéens à « ne pas céder à la désinformation ». Mais dans un pays où l’armée occupe le pouvoir depuis 2021, le pays retient son souffle : faut-il y voir les prémices d’un coup d’État déjoué, ou l’amorce d’une transition contrôlée.

Par Freddy Roger Amegnignon, de la rédaction politique

Le communiqué de la Présidence est tombé comme un couperet : le Général Mamadi Doumbouya s’envole « en congé annuel » pour la Grèce. Une Première officielle pour le chef de l’État depuis son arrivée au pouvoir. Dans la foulée, l’État-Major Général des Armées publie son propre texte. Objectif : « rassurer » et « inviter les Guinéens à ne pas céder à la désinformation », tout en réaffirmant « la loyauté indéfectible » des forces armées au Président de la République et « leur attachement à la stabilité des institutions et à l’intégrité du territoire ».

L’addition des deux textes, dans un contexte politique fébrile, a suffi à embraser la toile.

Un pouvoir né dans les casernes

Il faut remonter au 5 septembre 2021 pour comprendre la portée du message. Ce jour-là, les forces spéciales dirigées par le colonel Mamadi Doumbouya renversaient le président Alpha Condé, mettant fin à plus de dix ans de pouvoir. Le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), dirigé par M. Doumbouya, dissolvait alors les institutions avant d’engager une transition politique sous haute surveillance nationale et internationale.

Promu général puis élu président de la République lors des scrutins organisés dans le cadre du retour à l’ordre constitutionnel, Mamadi Doumbouya continue de conduire un vaste programme de réformes institutionnelles et économiques.

Son déplacement en Grèce est donc le premier présenté officiellement par la présidence comme un « congé annuel ». Un détail de protocole qui, en temps normal, ne soulèverait aucune question.

Le symbole qui fait débat

Mais en Guinée, rien n’est « normal » depuis 2021. L’armée reste au cœur du jeu politique.

Pour un analyste sécuritaire à Conakry : « Quand l’institution qui a porté le pouvoir au pouvoir publie un communiqué de loyauté au moment même où le chef s’absente, ce n’est pas anodin. C’est de la communication préventive. On verrouille avant que la rumeur ne verrouille ».

La référence à « l’intégrité du territoire » et à la _« continuité de l’État durant »* l’absence du Président sonne comme une volonté d’afficher une façade unie. Mais elle a aussi l’effet inverse : elle accrédite l’idée qu’il y avait quelque chose à craindre.

Les 3 lectures possibles

  1. Rassurance : Simple opération de communication. Le Président prend des vacances méritées et l’armée joue son rôle républicain en garantissant la continuité.
  2. Coup déjoué : Une tentative a été éventée. Le communiqué de l’armée sert à recoller les morceaux et à afficher l’unité du CNRD.
  3. Transition gérée : L’absence est négociée. On teste la réaction des casernes et de la rue avant d’annoncer la suite du chronogramme.

En attendant le retour du Général, Conakry est sous perfusion de communiqués. Les barrages sont visibles, la RTG diffuse en boucle les images des chantiers présidentiels.

Dans ce pays habitué aux coups de force, le plus grand danger n’est peut-être pas le coup d’État. C’est le doute. Et sur ce terrain, les deux communiqués viennent d’ouvrir une brèche.

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