Cote d’ivoire/ Défilé du 7 Août : Charles Blé Goudé à la tribune officielle, la toile s’embrase

by Freddy Roger Amegnignon

Côté d’ivoire/
Défilé du 7 août :
Blé Goudé en tribune officielle, la toile ivoirienne s’embrase

Pour la première fois depuis son retour, Charles Blé Goudé a pris place aux côtés du pouvoir lors du défilé militaire du 66ᵉ anniversaire de l’Indépendance à Yopougon. Une image d’unité nationale pour le pouvoir, une provocation insupportable pour ses détracteurs. Sur les réseaux sociaux ivoiriens, la photo du président du COJEP en tenue civile dans la tribune officielle a suffi à rouvrir toutes les plaies de la décennie 2010-2020.

L’IMAGE QUI A FAIT TREMBLER FACEBOOK ET TIKTOK

Le 7 août 2026 jour du 66 em anniversaire de l’indépendance de la côte d’Ivoire, Yopougon a accueilli le plus grand défilé militaire de la décennie : 5 423 éléments des Forces de Défense et de Sécurité, chars, avions, et un village de l’Indépendance. Au premier rang des invités civils, une silhouette a retenu tous les regards : Charles Blé Goudé.

Quelques jours plus tôt, le 28 juillet, il était déjà venu « prendre sa place » auprès d’Adama Bictogo, député-maire de Yopougon et président du comité d’organisation. Promesse tenue. Il a salué le travail de mobilisation et promis d’être disponible « s’il y a des missions ».

Résultat : le leader du COJEP s’est retrouvé assis sous le même chapiteau que des ministres, des diplomates et des cadres du RHDP. Pour le pouvoir, c’était le signal fort d’une « cohésion sociale » réussie. Pour la toile, c’était une gifle.

DEUX CÔTE D’IVOIRE FACE À FACE SUR LES RÉSEAUX

En quelques heures, Ble Goude 7Aout est devenu tendance.

Les défenseurs de la réconciliation.

Ils saluent un « acte républicain ». Selon leur arguments l’Indépendance appartient à tous les Ivoiriens. Adama Bictogo lui-même a qualifié la démarche de « fraternelle et républicaine », rappelant que « la diversité des opinions ne devait pas constituer un obstacle à l’unité nationale ». Pour eux, voir Blé Goudé applaudir le défilé des FDS, c’est tourner la page des affrontements.

  • L’argument des pourfendeurs de l’image

Ils dénoncent une « banalisation » et une « récupération ». Comment celui qui fut l’un des visages les plus médiatiques de la crise post-électorale peut-il aujourd’hui être honoré lors de la célébration des FDS? Les commentaires fusent : « trahison », « théâtre politique », « amnésie collective ». La présence de Blé Goudé au match de gala avec le gouvernement n’a fait qu’envenimer le débat.

Le fond du malaise : le défilé militaire n’est pas une simple parade. C’est le rituel par lequel l’État montre sa force, son unité et sa légitimité. Y voir un opposant de premier plan, c’est pour beaucoup brouiller les lignes entre pouvoir et opposition.

LE DÉFILÉ COMME MIROIR DES FRACTURES

Trois lectures s’affrontent.

  1. La lecture du pouvoir : la normalisation.
    En associant Blé Goudé aux festivités, le comité d’organisation veut montrer une Côte d’Ivoire apaisée, attractive pour les investisseurs. C’est la stratégie de l’inclusion contrôlée à 18 mois des présidentielles.
  2. La lecture de Blé Goudé : la reconquête de la respectabilité.
    En acceptant, il quitte le statut de paria pour celui d’acteur national. « Je ne sais pas faire semblant », a-t-il dit. Le message : je suis un fils du pays, pas un fauteur de troubles. Répondant à ses collègues de l’opposition, l’ancien détenu de la CPI estime qu’il n’y a jamais eu de contrat ou un protocole d’accord entre opposition pour la participation ou non aux festivités de l’indépendance.
    « Chaque parti politique a reçu une invitation, nous avons répondu à notre devoir républicain », a t’il laissé entendre.
  3. La lecture de la rue : la mémoire trahie.
    Pour une partie de la jeunesse ivoirienne, le défilé du 7 août doit rester sacré. Le voir partagé avec des figures clivantes ravive le traumatisme. La toile devient alors le défouloir où s’exprime une colère que les discours officiels ne peuvent plus contenir.

ET MAINTENANT?

Le gouvernement a gagné sa photo d’unité. Le COJEP a gagné sa visibilité nationale. Mais la Côte d’Ivoire a perdu un peu de son consensus sur ce que doit être la fête de l’Indépendance.

La vraie question qui agite la toile n’est donc pas : « Blé Goudé avait-il le droit d’être là? »
La vraie question est : « Le 7 août est-il encore le jour où tous les Ivoiriens se reconnaissent, ou est-il devenu un autre round de la compétition politique? »

À Yopougon, les chars ont défilé. Sur les réseaux sociaux, c’est la mémoire qui défile encore.
Freddy Roger Amegnignon

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