Tchad : Succès Masra gracié, le pouvoir lâche du lest
N’Djamena surprend. Le président tchadien a accordé la grâce présidentielle à l’ancien premier ministre Succès Masra et à huit cadres du GCAP. Condamnés pour des faits liés à des troubles politiques, ils recouvrent la liberté. Une décision qui met fin à deux procédures emblématiques et redessine la carte de l’opposition.
- Détente. Le pouvoir tchadien vient de dégainer l’arme de la grâce.
Succès Masra est libre. L’ex-Premier ministre et chef de file de l’opposition purgeait une condamnation à 20 ans de prison ferme. Il lui était reproché la diffusion en 2023 d’un message audio en ngambaye appelant la population à « apprendre à utiliser des armes » et à « se protéger collectivement ».
Interpellé en mai 2025, jugé en août à N’Djamena, il avait écopé d’une peine inférieure aux 25 ans requis par le parquet. La Cour suprême avait confirmé le verdict en mai 2026. Ses avocats et des ONG dénonçaient un « procès politique ».
Dans le même temps, huit anciens responsables du GCAP, la principale coalition de l’opposition, sortent eux aussi de prison. Arrêtés fin avril 2026, au lendemain de la dissolution du GCAP par la Cour suprême, ils préparaient une marche de protestation.
Jugés les 5 et 6 mai dans la prison de Klessoum pour « attroupement, rébellion et détention illégale d’armes de guerre », ils avaient été condamnés le 8 mai à huit ans de prison ferme et 500 000 FCFA d’amende. Leurs avocats contestaient des poursuites à motivation politique.
Vers un dégel ?
En libérant simultanément Succès Masra et les cadres du GCAP, le pouvoir tchadien tourne une page judiciaire tendue.
Cette grâce marque plus qu’un geste d’apaisement. Elle ouvre potentiellement la voie à une reprise du dialogue politique et à une redéfinition des rapports entre le pouvoir et l’opposition. Reste à voir si ce geste se traduira par des actes concrets de réconciliation.
Freddy Roger Amegnignon
