Bénin/ Patrice Talon à la tête du sénat: Début d’une présidence à vie par procuration?

by Freddy Roger Amegnignon

BÉNIN / Patrice Talon à la tête du Sénat:

Début d’une présidence à vie
par procuration ?

Il a quitté le palais de la Marina en avril. Il réintègre l’hémicycle en août. Patrice Talon vient d’être porté à la tête du Sénat, nouvelle institution créée sous Romuald Wadagni, son ancien ministre et dauphin. Quatre mois après avoir promis de tourner la page, l’ancien président reprend la main. Officiellement pour « conseiller ». Officieusement pour durer. Le Bénin entre-t-il dans l’ère d’une présidence à vie… par procuration ?

Par Freddy Roger Amegnignon

Le symbole est fort. Presque trop.

Le 3 avril 2026, Patrice Talon saluait la fin de son deuxième et dernier mandat constitutionnel. Le 6 août 2026, le voilà de retour au cœur du dispositif institutionnel, marteau du Sénat en main.

Un perchoir stratégique

Le Sénat n’existait pas il y a 6 mois. Pensé comme une chambre de « sagesse », il est aujourd’hui la deuxième institution du pays. Et qui mieux que l’architecte des réformes de la décennie pour en prendre la présidence ?

Les partisans parlent de continuité et d’expérience. Les critiques parlent de repli tactique. Dans les deux cas, le constat est le même : Patrice Talon n’a pas quitté le pouvoir. Il l’a déplacé.

Depuis ce perchoir, il pourra examiner les lois, valider les nominations, arbitrer les tensions au sein de la majorité. Sans rendre de comptes devant les caméras. Sans affronter l’usure du pouvoir exécutif.

La question qui fâche : Et après 2031 ?

Romuald Wadagni est président jusqu’en 2031. Mais avec Talon au Sénat, qui tient réellement les rênes ?

Cette configuration installe une zone grise. Une cohabitation verticale où l’ancien président garde un droit de regard sur tout. Pour ses soutiens, c’est la garantie que le « chantier Bénin » ne déviera pas. Pour ses détracteurs, c’est la preuve que l’alternance n’était qu’un changement de costume.

Le test démocratique

Le Bénin a bâti sa réputation sur les alternances pacifiques. Depuis 2016, le logiciel a changé. Révision constitutionnelle, resserrement du jeu politique, et aujourd’hui ce retour.

_« Ce n’est pas illégal. Mais est-ce sain pour la démocratie ? »* s’interroge un analyste à Cotonou.
Patrice Talon n’est plus président. Mais il est partout. En prenant le Sénat, il invente peut-être une nouvelle manière de régner : sans le titre, mais avec l’influence.

La question n’est plus de savoir s’il est parti. La question est de savoir s’il partira un jour vraiment.

Freddy Roger Amegnignon

You may also like

Leave a Comment