Niger/ Une icône médiatique avalée par la nuit: Moussa Kaka , toujours sans signe de vie

by Freddy Roger Amegnignon

NIGER /Une voix médiatique avalée par la nuit:

Moussa Kaka toujours sans signe de vie

Depuis le 31 août, plus aucun signal. Plus un appel, plus une trace. Moussa Kaka, directeur de Saraounia et figure tutélaire du journalisme nigérien, s’est volatilisé à la sortie de sa rédaction en plein cœur de Niamey. Dans une capitale encore sonnée par une tentative de putsch avortée, sa disparition brutale fait vaciller toute une profession et plonge le Niger dans l’abîme du soupçon.

Niamey, correspondance particulière.

Il est 19 heures. Lundi 31 août 2026. Comme chaque soir, Moussa Kaka quitte les locaux du groupe Radio Télévision Saraounia (RTS) dont il est le Directeur général. Direction son domicile. Un trajet banal, routinier, dans une ville pourtant quadrillée, sous haute surveillance sécuritaire. Il n’y arrivera jamais.

Depuis dix-neuf jours, le néant. Ses téléphones restent désespérément muets. Sa famille sans nouvelles. Ses collaborateurs, interdits. Aucun hôpital de la capitale n’a signalé son admission, aucun commissariat ne confirme sa détention. L’une des plumes les plus respectées du Niger s’est évaporée.

L’information, d’abord tenue sous le boisseau par crainte de représailles, a fini par éclater au grand jour. Le 2 septembre, Reporters sans frontières (RSF) tire la première salve et exprime sa vive inquiétude. « La disparition de Moussa Kaka, journaliste de renom, est particulièrement préoccupante », alerte Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF.

Car le timing est glaçant.

Un enlèvement en plein climat de purge?

Cette disparition survient à peine 48 heures après la tentative de déstabilisation avortée qui a secoué Niamey dans la nuit du 28 au 29 août 2026. Une mutinerie qui a visé le palais présidentiel et plusieurs sites stratégiques, matés dans le sang par le régime militaire en place depuis juillet 2023 avec, selon les autorités, l’appui de partenaires stratégiques.

Depuis, la chape de plomb s’est abattue sur la capitale. Les accusations d’ingérences étrangères, notamment françaises, pleuvent sans preuves tangibles, et la presse indépendante est devenue la cible désignée.

C’est dans ce contexte délétère que l’Union des Journalistes de la Presse Libre Africaine (UJPLA), dans un communiqué au vitriol publié le 14 septembre depuis Abidjan, dénonce des conditions « opaques et inquiétantes » et exige sans délai « la localisation, la garantie de son intégrité physique et son retour immédiat auprès des siens ».

Pour l’UJPLA, le doute n’est plus permis : la méthode s’apparente à un enlèvement ciblé visant à museler une voix libre.

Une figure qui dérange

Moussa Kaka n’est pas un journaliste comme les autres. C’est une institution. Fondateur de la Radio Saraounia en 1999, devenu l’un des groupes télévisuels les plus puissants du pays en 2011, ancien correspondant historique et indéboulonnable de Radio France Internationale (RFI) jusqu’à la suspension du média par la junte.

Un homme qui a déjà payé le prix de son indépendance. En novembre 2025, il avait été interpellé avec cinq autres confrères pour diffusion de documents supposés troubler l’ordre public, avant d’être placé sous liberté provisoire.

Son sort illustre la descente aux enfers du Niger dans le classement mondial de la liberté de la presse de RSF : une chute vertigineuse de 37 places en 2026.

Aujourd’hui, l’inquiétude a laissé place à l’effroi. L’UJPLA exige non seulement la libération immédiate de Kaka, mais aussi « l’abandon de toutes les poursuites fondées sur l’exercice normal du métier d’informer » et la libération de tous les journalistes encore détenus dans les geôles nigériennes.

À Niamey, le silence des autorités est assourdissant. Pas d’enquête annoncée, pas de communiqué officiel. Ce mutisme d’État, pour les défenseurs de la liberté de presse, est en soi un aveu. Et la question qui hante désormais toute une profession est terrible dans sa simplicité : qui a fait taire Moussa Kaka?

Freddy Roger Amegnignon

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