Togo/ Politique: « Un homme qui refuse la primature ne va pas mendier la mairie », Jean Pierre Fabre, l’opposant qui tient toujours la flamme

by Freddy Roger Amegnignon

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« Un homme qui refuse la primature ne va pas mendier la mairie », Jean Pierre Fabre , l’opposant qui tient encore la flamme

Longtemps silencieux, Jean-Pierre Fabre brise enfin le silence Dans un entretien sans concession à AfreePress, le président de l’ANC balaie les accusations, retrace son parcours et assène : le régime de Faure Gnassingbé est « hors droit et sans alliés ». Entre la primature refusée et la mairie du Golfe 4 assumée, entre l’aspergé d’essence et les procès politiques, l’ancien candidat de 2010 campe : un opposant debout quand d’autres ont signé.

Il était temps de parler. Après des années de réserve, Jean-Pierre Fabre est sorti du silence. De retour d’une tournée européenne, le président de l’Alliance Nationale pour le Changement a accordé à AfreePress un entretien fleuve, tranchant, sans détour.

L’angle n’est pas anodin. Il le résume lui-même en une formule : « Un homme qui refuse la primature ne va pas mendier une mairie ». Une phrase pour laver 15 ans de dénigrements, et pour rappeler qui il est : l’opposant qui n’a jamais plié.

« Rendre la Constitution volée. Et partir »

L’entretien s’ouvre sur l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO du 29 janvier 2026. Pour Fabre, le verdict a changé la donne. Il confirme ce que l’ANC dénonçait dès mars 2024 : un « coup d’État constitutionnel ».

« Un pouvoir qui n’entend plus personne finit toujours par n’entendre que lui-même », lance-t-il. Sa conclusion est implacable : le régime est désormais « hors droit et sans alliés ». Un « pouvoir en sursis ».

Sa demande est double et sans ambiguïté : rendre au peuple la Constitution de 1992 et le départ de Faure Gnassingbé. « S’il ne le fait pas de lui-même, il y sera contraint, par le droit et par le peuple togolais ».

De Paris à Genève, le président de l’ANC assure avoir porté ce message. Le dossier togolais, dit-il, « n’est plus un dossier confidentiel ». La diaspora, « diverse, organisée, exigeante », complète le rapport de force.

Laver l’homme des calomnies

Le cœur de l’entretien est une mise au point. Sur la mairie du Golfe 4 d’abord. Accusé en 2019 d’avoir « négocié » son fauteuil avec le pouvoir, Fabre répond par les chiffres : 14 voix sur 23. « Quand on détient la majorité des conseillers, on n’a rien à négocier avec personne : on élit son maire, c’est la loi ».

Il désigne l’autrice de l’accusation : Brigitte Adjamagbo-Johnson. « Elle est absolument fausse et elle le sait », tranche-t-il. Derrière, il voit une stratégie : briser un adversaire qui « fait envie » par sa capacité de mobilisation.

Sur l’argent, il balaie : 30 millions, puis 4 milliards. « Quand un chiffre est multiplié de la sorte en cours de route, ce n’est plus une révélation : c’est une fabrication ».

Sur la primature, il est catégorique : on la lui a proposée « à plusieurs reprises » depuis 25 ans. « De Gnassingbé Eyadéma à Faure Gnassingbé, ma position n’a pas varié d’un iota : je ne collaborerai jamais avec un régime qui martyrise son peuple ».

C’est là qu’il plante le drapeau : l’intégrité. Alors que d’autres signaient l’accord RPT-UFC, lui créait l’ANC.

De l’UFC à l’ANC : l’homme de terrain

Fabre revient sur 2010. Il ne s’est pas « auto-désigné ». Après l’empêchement de Gilchrist Olympio, le Bureau national élargi s’est tourné vers lui. Pourquoi ? Parce que c’est lui qui avait « implanté nos structures fédérales sur tout le territoire, de Lomé à Cinkassé ».

Résultat : l’ANC compte aujourd’hui 130 fédérations. Une machine de terrain bâtie « contre l’avis du président national de l’époque ».

Il assume aussi les choix tactiques : boycott des législatives en 2018, participation aux communales en 2019. « Ni le boycott ni la participation ne sont des principes : ce sont des instruments ».

« On m’a aspergé d’essence »

L’entretien bascule dans l’intime et le tragique. Fabre raconte la tournée dans le nord : un tronc d’arbre sur la route, un homme qui le asperge d’essence et cherche un briquet. « Je dois la vie à quelques secondes et à un briquet qui manquait ».

Il égrène : domicile attaqué, convoi criblé, rassemblements dispersés à la grenade, cellules de gendarmerie, assignation, passeport confisqué, mise en examen depuis 2013 dans l’affaire des marchés.

« Quand on a été aspergé d’essence parce qu’on fait de la politique, on sait à quoi l’on a affaire, et on continue ».

Le pardon, mais pas au prix du silence

Sur « Judas », le mot de Mgr Kpodzro, et sur Nathaniel Olympio, Fabre refuse la polémique avec des disparus. Il parle de « méchanceté gratuite ».

Pardonner ? « Ce n’est pas une affaire personnelle. Quand on m’attaque, c’est une famille politique que l’on atteint ». La clé, dit-il, c’est « que cela serve la lutte ». Sinon, « disons la vérité et toute la vérité au peuple togolais ».

« Le changement sera obtenu »

En filigrane, un message au régime : l’impunité ne dure jamais. La colère « monte dans les quartiers, dans les marchés, dans les universités ».

À dix ans, que veut-il qu’on retienne ? Pas son nom. « Ceux qui ont perdu leur emploi, ceux qui sont morts ». Lui n’a fait qu’une chose : « j’ai toujours refusé la compromission, et je n’ai jamais cédé ni ma dignité ni mon honneur ».

Et il conclut, ferme : « JE LE SAIS. Le changement sera obtenu, le Togo retrouvera sa place ».

Freddy Roger Amegnignon*

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